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Fiche de lecture sur le livre de Sandor Marai : Ce que j’ai voulu taire.
12 mai, 2015, 3:39
Classé dans : culture,Histoire

Sándor Márai né en Haute-Hongrie en 1900 dans la ville de Kassa aujourd’hui Košice en Slovaquie est un écrivain et journaliste hongrois.

L’écrivain est issu d’une famille bourgeoise de la Haute-Hongrie, actuellement région du sud de la Slovaquie. Márai a vécus au cœur des événements les plus tragiques que la Hongrie est connue avec la première guerre mondiale, le traité de Trianon du 4 juin 1920 et bien évidement la seconde guerre mondiale et enfin l’occupation soviétique jusqu’en 1989.

Márai mit fin a ses jours à San Diego au Etats Unis en 1989, pays ou il vivait depuis son exil de Budapest en 1948.

L’écrivain est considérer depuis les années 90 comme un culte de la jeunesse hongroise. Il jouit également depuis sa mort d’une renommée internationale étant comparer par ses contemporains à un Zweig, un Roth ou encore un Schnitzler.

Nombreux sont ses romans qui relatent les difficiles épreuves que la Hongrie a subie que ce soit le règne du nazisme ou l’occupation par l’URSS du pays. Ainsi chacun de ses ouvrages touchent directement ou indirectement aux droits de l’Homme qui dans ces deux régimes étaient bafoué et violé.

Sándor Márai était avant tout humaniste et antinazis. Il a durant ses écris au travers de son expérience personnel analyser la société hongroise, prit son pouls et constater les changements profonds de celle-ci. Tel un médecin, un sociologue et un journaliste il essaya d’analyser et d’étudier les changements de sa société en abordant  une étude sociologique et historique. Il essaie ainsi dans ses différents ouvrages de comprendre et de relater les caractéristiques des différents milieux et environnements qu’il est amené à fréquenter volontairement  de force.

Alors parmi tous ses ouvrages il était difficile d’en choisir un en particulier pour aborder la question de la condition humaine durant les sombres années de la fin du XXème siècle. Toutefois, devant le fait accomplis et s’il fallait parler d’un seul livre, il paraît pertinent que ce soit Ce que j’ai voulu taire qui fasse l’objet d’une analyse particulière :

Cet ouvrage longtemps considérer comme perdu parût à Budapest uniquement en 2013.

Ce livre constitue l’une des parties manquantes d’un précèdent ouvrage, Les confessions d’un bourgeois dont le premier tome fût écrit en 1935 et parut en 2002.

Avant d’aborder plus en détails les apports et la qualité de cet ouvrage, il faut préciser qu’outre une analyse des situations sociologiques et historiques Márai analyse toutes les situations par le prisme de valeurs humanistes et bourgeoises. Cette précision est primordiale car le regard que porte cet homme sur sa société est celle d’un écrivain bourgeois avec certaines valeurs et une éducation particulière. En effet, cette précision est fondamental et l’auteur lui-même de manière récurrente dans tous ses ouvrages rappelle et précise que le regard qu’il porte sur sa société est celui d’un bourgeois. De plus il se livre  à une rétrospective de ce qu’est la bourgeoisie selon lui, son rôle dans la société, sa définition, ses valeurs, ses origines etc.

Dans le livre Ce que j’ai voulu taire, l’écrivain relate une période de l’histoire de la Hongrie bien précise qui sont les dix années écouler de 1938 date de l’Anchlusse et 1948 date de son exil pour les Etats Unis. En réalité cette œuvre s’arrête en 1944 et il faut lire Mémoires de Hongrie pour avoir le témoignage des années 1944 à 1948.

Le récit commence donc au moment ou les troupes d’Hitler entre dans Vienne.

A partir de cette date l’écrivain hongrois va analyser et fait part de l’évolution de la société hongroise, de comment la Hongrie s’est préparer depuis ce jour à la suite des événements ; de comment les personnes que ce fusse les prolétaires, les aristocrates ou encore les bourgeois percevaient ou non la gravité et les conséquences dramatiques de ce jour ou l’Autriche devint allemande. En effet, le contexte est intéressant, comment les hongrois de l’époque on réagit suite à cette nouvelle, Vienne n’est qu’à 240 kilomètres de Budapest ! De plus le contexte historique de  la Hongrie a jouée un rôle prépondérant dans la perception que ce faisaient les hongrois de cet événement. Comme le rappel Márai, les hongrois n’ont jamais connus la démocratie et sont liés avec les autrichiens en  raison d’un passée commun de 218 ans.

C’est dans ce contexte particulier que l’écrivain hongrois va raconter le débuts de la Seconde guerre mondiale depuis la Hongrie et vu de Budapest.

Cet ouvrage traite certes majoritairement de l’évolution de la structure sociale et hormis quelques passages précis ne parle pas directement des droits de l’Homme mais la question est indirectement traité de façon permanente. La violation des droits de l’Homme sont en effet traité essentiellement par le biais de trois aspect : L’absence de démocratie, la liberté de la presse qui diaprait peu à peu, et enfin l’obligation de se soumettre aux idéologies nazies et le devoir d’accueillir le projet pangermaniste avec enthousiasme et aussi et surtout  l’absence d’évolution sociale possible et le rétablissement d’une société fondée sur des castes et sur une aristocratie qui seule accapare le pouvoir.

Mais mêmes les moments ou la question des droits de l’Homme n’est pas directement abordée, cette question est tout de  même toujours présente. Effectivement, l’atmosphère d’oppression et de pesanteur que décrit si bien Márai fait qu’il est tout a fait perceptible, possible de sentir que la vie des gens a Budapest a cette époque est contrôler dans les moindres faits et gestes même si du fait d’un contexte particulier l’illusion d’une certaine liberté, d’un certain calme et d’une certaine sérénité était visible en surface.

Autre chose d’intéressant, c’est l’analyse très juste que fait l’écrivain du lient entre le Traité de Trianon et le destin tragique de la Hongrie. En effet, du fait de cette injustice qui a amputé 2/3 du territoire de l’ancienne Hongrie et a déplacé 3,3 millions de hongrois en dehors des frontières du pays, les hongrois ont toujours désiré récupérer les terres de leurs ancêtres. Ainsi les hongrois ont tout fait pour reprendre les terres de Transylvanie (Roumanie), Transcarpatie (Ukraine), Haute-Hongrie (Slovaquie) et enfin Voïvodine (Serbie), par conséquent la Hongrie était destinée à s’allier avec l’Allemagne nazie.

Alors que l’auteur est en proie à un exil intérieur long et douloureux qui durera dix ans il raconte a travers le récit de cet exil interne et de son fort intérieur les bouleversements que connait la société hongroise notamment en ce qui concerne les droits de l’Homme. Toutefois, et bien que les droits de l’Homme notamment la démocratie et la liberté d’expression soient bafoué, Márai précise et rappel aux lecteurs que la Hongrie n’a jamais connue la démocratie et elle ne la connaîtra qu’en 1989 à la tombé du mur de Berlin. Autrement dit, la Hongrie est une jeune démocratie qui ne la connait que depuis 26 ans ! Mais même si la société d’avant 1938 n’était pas une démocratie, la liberté d’expression et les autres libertés individuelles étaient plus importantes et plus effectives qu’elles ne le seront à partir de cette date et jusqu’en 1989.

Ainsi sur la période étudiée par l’écrivain de 1938 à 1944 les changements et la chute du pays dans l’obscurantisme nazis puis communiste se sent, lent mais tout aussi redoutable. Enfin l’écrivain décrit bien les illusions et les choses artificielles qui caractérise la Hongrie de 1938 à 1944 puisqu’avant 1944 la Hongrie bien que sous le joug de l’Allemagne était un Etat neutre officiellement.

En 1944 Buda (le Château de Budapest se situe sur les collines de Buda et c’est ici que fût faite la déclaration de guerre) déclare la guerre à l’URSS, l’Angleterre et les Etats Unis. Cependant, tout au long des années qui précèdent cette déclaration de guerre officielle et l’allégeance au régime nazi, les hongrois vivaient déjà dans un Etat totalitaire et devaient subir les conséquences économiques et sociologiques de la guerre. Toutefois et paradoxalement et notamment en raison d’un « bourrage de crâne efficace » la Hongrie sera considérer par beaucoup en Europe comme un Etat en paix, une île dans un océan Europe en guerre et en sang.

Concernant les droits de l’Homme, Márai insiste sur deux d’entre eux que sont la liberté d’expression et d’opinion ainsi que celle de l’égalité en droit.

La première est dénoncer de manière saisissante et avec ferveur et violence dans la mesure ou l’écrivain était jusqu’en 1944 écrivain et éditeur d’un journal le Pesti Hirlap journal conservateur modéré. Par conséquent et bien que la liberté d’expression n’était pas totale avant 1938, l’écrivain dénonce et décrit comment la liberté de la presse va être museler et comment tout les journaux quelque soit leur vocations initiales et orientations politiques vont t’il tous tenir et contenir les mêmes discours, être obliger de faire l’éloge du pangermanisme, des victoires militaires allemandes ect. En somme, toute la presse devient l’instrument d’un bourrage de crâne de la population censé faire croire à tous que la victoire sera rapide et allemande. Les journaux véhiculée également les idées et les théories nazis. Certain passage décrive bien cette mutation de la presse devenue sans âme ainsi que l’instrumentalisation de la justice:

« Les écrivains, les journalistes, les hommes de science, les responsables politiques prenaient la parole mais dès qu’ils faisaient allusion aux problèmes fondamentaux, leur voix était immédiatement muselée par le pouvoir ».

« L’ère des grands juges indépendants était révolue.

 La justice n’était pas rendue par de vrais juges mais par des officiers de justice et les autorités conduisaient les procès idéologique avec une partialité transparente ».

Enfin les critiques du bourgeois se font à l’égard de la « nouvelle » structure sociétale et ainsi sont critiquer indirectement nombreux droits nécessaires à une société démocratique :

Le terme de nouveau est entre guillemets car la structure de la société hongroise d’avant 1938 reposait déjà sur certains fondements repris plus tard mais sous une autre forme par le régent Horthy qui gouvernera la Hongrie de 1920 à 1944. En effet, la société hongroise du temps de l’Autriche-Hongrie et des Habsbourg reposait sur des classes sociales qui ressemblaient à des castes ou la naissances devaient déterminée le destin des individus et au sommet de cette hiérarchie sociale se trouvais les aristocrates dont la fortune reposaient sur des propriété terrienne.

Le régime de Horthy va remettre en place une hiérarchisation des classes sociales dominé par une aristocratie militaire souvent crée de toute pièce dans laquelle se trouvaient les proches de l’amiral et sa famille ainsi que tout les membres du gouvernement et leur familles. L’aristocratie hongroise avait entre 1918 et 1920 perdue du terrain au sens propre comme au sens figurer et la première guerre mondiale avait en partie détruit les terres sur lesquelles reposait leur pouvoir, or l’amiral Horthy issue de la noblesse hongroise remis en place un système similaire a celui qu’a connue la Hongrie durant la domination des Habsbourg et même a amplifier le phénomène.

Ainsi en Hongrie en 1938 est crée une nouvelle classe sociale et même une caste appelé les « Preux » qui sont mit à la tête des plus hautes fonctions de l’Etat partout, à tout les postes de l’administration et ces derniers disposaient de propriétés terriennes volé à des paysans et autres personnes et bénéficiaient de privilèges importants. Enfin la population et les autres individus n’appartenant pas à cette infime classe sociale devaient leur prêter serment, les respecter et les servir, le passage suivant est assez significatif :

« On la nommait « ordre des Preux », on s’adressait aux épouses de ces preux avec une tournure à l’ancienne en leur donnant du « Noble Dame », leur titre officiel. »

Ainsi il était impossible en Hongrie de changer sa position sociale et ses conditions de vie. De plus outre le problème de la naissance et de la possession de terre instauré par le régime fasciste ; il fallait bien évidement adhérer aux idées et idéologies nazi et se montrer enthousiaste et agir concrètement en faveur de ces idées et du régime de Budapest et de Berlin.

L’apport de cet ouvrage est qu’il permet de mieux comprendre un petit Etat d’Europe centrale, la Hongrie, a un moment ou elle est  souvent l’objet de l’actualité européenne. L’ouvrage permet aussi de connaître et découvrir comment d’autres peuples plus éloignés de la France culturellement et géographiquement ont vécus et subis les atrocités de la seconde guerre mondiale. De plus, le regard et l’approche sociologique et historique que porte Sándor Márai sur sa société permette de saisir et de percevoir d’autres questions et problématique auxquelles la Hongrie a été affecté durant cette période. Enfin, et bien évidement ce tableau de la Hongrie permet de voir comment les hongrois ont vécus sous les occupations allemande puis russes et comment les droits de l’Homme et la démocratie ont été piétiné affectant la Hongrie de manière considérable.

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