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La Hongrie, un Etat isolé ?
12 mai, 2015, 4:09
Classé dans : Histoire,politique

Samuel P. Huntington dans son ouvrage  le choc des civilisations  paru en 1993 analyse la situation du monde après l’effondrement de l’URSS et la fin de la période de « la guerre froide ».

L’auteur utilise pour son analyse le prisme des civilisations :

Avant tout, il donne une définition du terme même de civilisation et va par la suite en dénombrer huit. Pour définir le terme de civilisation, Huntington se base sur des définitions de la notion de civilisation donnés par des historiens notamment celle de Fernand  Braudel dans la grammaire des civilisations de 1963.

L’étude des civilisations relève de l’histoire et de la sociologie puisque comme le dit si bien Huntington : « l’histoire des hommes, c’est l’histoire des civilisations ». De plus, celles-ci sont pour l’auteur des éléments qui permettent une identification, ce sont comme des instruments, des outils qui permettent aux Hommes de se repérer. Ainsi cette phrase en atteste et donne une bonne idée de ce que la large notion de civilisation peut recouvrir : 

«Ce sont ces diverses civilisations qui ont fournis aux hommes leur principaux critères d’identification à travers l’histoire ».  Les civilisations sont donc un ensemble d’éléments qui font que les individus vont s’identifier à un groupe donné de personnes et en général ce groupe est située dans une aire géographique qui correspond aujourd’hui à au moins deux Etats. En tout état de cause l’élément commun à toute civilisation est la culture, la religion et la langue ayant également un rôle prépondérant puisque constitutive de la plus part des cultures et donc des civilisations. Cette définition partielle de la notion de civilisation et les éléments qui la constituent sont à mémoriser pour la suite de l’écrit qui fera référence à cette définition des civilisations.

Enfin, et en dernier lieu, le choix de retenir uniquement huit civilisations est justifiée par l’auteur. En effet, ceci est indispensable car au fil de l’histoire et selon les considérations et définitions retenues de la notion de civilisation il est possible d’en dénombrer plus ou moins que huit.

Les civilisations reposent souvent selon Huntington sur des « Etats phares » qui sont les « leaders » des groupes d’Etats qui constituent les civilisations. Pour qu’un Etat soit qualifier d’Etat phare il faut qu’il y est une certaine hégémonie au sein du groupe, c’est-à-dire qu’il domine les autres Etats de la civilisation et ceci au regard de facteurs ou considérations objectives mais aussi subjectives : Premièrement, il faut qu’il y est une réelle domination objective c’est-à-dire que de par sa puissance militaire, économique, diplomatique notamment il bénéficie de plus de moyens que les autres Etats. Ensuite, il faut aussi que cet Etat soit subjectivement Etat phare c’est-à-dire qu’il se considère et se revendique au sein de sa civilisation comme tel et qu’il soit également considérer comme l’Etat phare par les autres Etats membre de sa civilisation. Autrement dit, dans l’idéal la domination et le statut de l’Etat phare n’est pas contester au sein de sa civilisation, il n’y a donc pas de concurrence, un seul Etat se dégage du groupe d’Etats. Toutefois, si aucun Etat phare ne peut exister sans civilisation, l’inverse est faux.  Effectivement, il est possible qu’une civilisation existe sans pour autant qu’elle est d’Etats phares, l’exemple le plus éloquent en ce sens est celui de la civilisation musulmane.

Enfin et en dernier lieu il y a les Etats qualifiés d’isoler qui sont selon Samuel Huntington des Etats appartenant à aucune civilisation. Cette notion et ce concept d’Etat isolé sera plus amplement étudier tout au long du développement de cet écrit.

Cet écrit va se consacrer à cette notion et conception d’Etat isolé théorisée par Samuel P. Huntington et la question qui va être posé va être celle de savoir si aujourd’hui en 2015 il y a d’autres Etat isolé que le Japon qui en est l’archétype dans l’ouvrage d’Huntington. Cette question et la recherche de l’identification d’autres Etats isolés dans le monde est pertinente car le tableau dressé par Samuel Huntington dans le choc des civilisations est de 1993. Or, le monde change et les Etats aussi, ainsi leur statut peut être amené pour des raisons objectives et factuelles ou bien par le fait de politiques spécifiques à changer. Alors quelle Etat choisir pour cette étude ? Premièrement, un Etat isolé doit sembler isolé subjectivement au regard des autres et sembler l’être par des éléments factuelles.  L’isolement qu’il soit subjectif ou objectif se manifeste par la différence. Différence par rapport à qui ? Par rapport aux autres Etats de la région de l’Etat concerner, au groupe auxquelles il est censé appartenir, aux voisins géographique dudit Etat.  

La France étant un Etat européen et membre de l’Union européenne notamment, il est naturel d’être plus attentif aux changements et évolutions perçues en Europe, d’où le choix de choisir un Etat qui se trouve sur le continent européen.

Aujourd’hui deux Etats en particulier se distinguent en Europe ou plus précisément au sein de l’Union européenne étant donné que les frontières de l’Europe géographique font débat et ne sont pas bien établies. Il s’agit de la Grèce dont les médias parlent beaucoup en raison des problèmes financiers de celle-ci et de la volonté de son nouveau gouvernement de mettre fin aux politiques d’austérités. Mais outre ces raisons la Grèce ne fait pas vraiment « parler » d’elle donc elle ne fera pas l’objet de l’étude. L’autre Etat qui fait l’objet de vives inquiétudes et non pour des raisons économiques est la Hongrie petit Etat d’Europe centrale. Aux regards des critiques à son encontre de la part des institutions de l’Union européenne mais aussi du Conseil de l’Europe, d’institutions internationales telle que le Fond monétaire international ou encore la Banque mondiale, la Hongrie est de fait de plus en plus isolée. En effet, depuis 2010 et l’arrivée au pouvoir du Fidesz parti de centre droit et de son premier ministre Viktor Orbán, la Hongrie fait l’objet de critiques et d’interrogations. Sa politique si bien intérieure qu’extérieur est critiquée à tel point qu’aujourd’hui la Hongrie dans l’Union européen fait l’objet de méfiance, son appartenance à la civilisation occidentale et aux institutions européennes étant même remise en cause.

Cet état de fait est parfait pour faire l’objet de l’étude et de savoir si la Hongrie est un Etat isolé au sens ou l’entend Samuel P. Huntington. Ainsi la question qui fera l’objet de l’étude et à laquelle il faudra essayer de trouver une réponse est la suivante : la Hongrie est t’elle un Etat isolé selon la conception de Samuel Huntington de l’Etat isolé ?

Pour répondre à cette question il faudra voir dans un premier temps en quoi la Hongrie est un petit Etat qui cherche à s’exprimer en s’isolant (I) ; puis à l’issue de l’étude il sera démontré que la Hongrie est un Etat européen (II). 

I)                    La Hongrie un petit Etat qui cherche à s’exprimer en s’isolant :    

La Hongrie membre de l’Union européenne depuis 2004, peine tout comme de nombreux Etats à se faire entendre et exprimer ses avis et opinions dans une Union à 28.

Par conséquent, elle cherche à attirer l’attention en jouant la carte de la différence (B), et en insistant sur des spécificités culturelle qui font d’elle un Etat différent (A).

A)     La Hongrie un petit Etat isolé dans l’Union européenne : 

Comme cela a été dit dans l’introduction, la Hongrie est isolée depuis peu en raison notamment de la politique menée par le gouvernement Orbán depuis 2010. Mais ces éléments factuels permettent de s’interroger sur la société hongroise et son peuple et de poser la question suivante : Y a-t-il des éléments objectifs qui font de la Hongrie, un Etat différent des autres dans l’Union européenne et donc peut être un Etat isolé ? Autrement dit, est ce que d’autres raisons plus durables que la politique peuvent expliquer l’isolement de fait de la Hongrie ? La politique extérieure du gouvernement hongrois n’est t’elle pas une manière d’exprimer et de refléter la spécificité d’un peuple et d’un Etat différent de ses voisins ? Pour répondre à ces questions il faut regarder les spécificités de la Hongrie et deux ressortent particulièrement, il s’agit de la langue et de la culture :

En effet, ces deux aspects semblent être des données qui peuvent expliquer une différence et un isolement dans l’Union européenne. Premièrement et indéniablement la langue hongroise est un élément majeur qui rend ce peuple spécifique et différent au sein de l’Europe. En effet, le hongrois a pour racine linguistique le finno-ougrien et non pas le slave, le latin, le romain, le celte ou encore une langue germanique. Autrement dit le hongrois n’appartient à aucun groupes de langue d’origine indo-européenne, et la Hongrie est le seul pays en Europe avec la Finlande et l’Estonie à être dans cette situation. Pourquoi autant prêter attention à la langue ? Pour plusieurs raisons : Tout d’abord et même si à premières vu elle semble être un critère de rattachement civilisationelle moins important que la religion, elle n’est pas pour autant négligeable. En effet, les peuples de pays différents se rassemblent et se rapprochent en raison de leurs similitudes linguistiques et culturelles en plus du religieux ou à la place de ce dernier. Ensuite, la langue est un élément fondamentale de la culture, elle est constitutive de celle-ci, les spécificités de la langue se reflète dans la culture et inversement. De ce fait et en raison de l’origine linguistique a part de la Hongrie, sa culture est tout autant atypique de celle des Etats qui l’entourent. En guise d’illustration le mot Turul désigne l’oiseau légendaire mélange d’un faucon et d’un aigle qui a conduit les hongrois de l’Oural aux pleines du Danube. Ce mot prend son origine dans le turc dont le terme similaire au hongrois signifie faucon. La langue hongroise est composée de nombreuses langues qui ont été emprunté par les hongrois lors de leurs échanges et interactions avec les autres peuples. En effet le hongrois langue ouralienne a emprunté en autre notamment des mots aux langues slaves, latines, à l’allemand, aux langues turques et indo-iraniennes. Pour toutes ces raisons la Hongrie présente déjà une spécificité linguistique et culturelle importante au sein de l’Europe. Or, cette spécificité a des répercussions importantes sur le plan psychologique si bien pour les hongrois que pour les autres européens dans leur manière de percevoir la Hongrie : Les hongrois se sentent différents de leurs voisins en raison de cette spécificité linguistique et culturelle, la barrière de la langue joue un rôle essentielle dans ce ressenti d’être unique mais aussi isolé des autres peuples et Etats européens. Étant donné que les hongrois ne peuvent communiquer qu’entre eux et que personne d’autres hormis leurs lointains voisins géographique estoniens et finlandais peut être, ils sont comme géographiquement de part la langue isolé au sein de l’Europe géographique comme sur une île dans l’océan Europe. Cette spécificité qui ressort d’une donnée objective va nourrir ce sentiment d’isolement et donc par conséquent deux comportements vont se manifester. D’une part, la crainte liée à des interactions et des échanges avec d’autres peuples et civilisations dans la mesure où ceux-ci pourraient menacer l’authenticité de la langue et de la culture hongroise. Ensuite cette spécificité peut également nourrir des discours qui consistent à démontrer et faire croire aux autres Etats européens que les hongrois sont des victimes qui doivent être protégé. Enfin autre comportement qui trouve son origine dans cette spécificité culturelle et linguistique la fierté de cette spécificité et son affirmation auprès de la communauté européenne et dans une moindre mesure dans  le monde. Tous ces comportements, conceptions et manière de voir les choses sont liées à cette spécificité et sont bien présents dans l’esprit des hongrois et aussi dans celui des élites politiques. Ainsi le premier ministre hongrois Viktor Orbán ne cesse de répéter qu’il est le défenseur du peuple hongrois,  que personne ne peut attaquer la Hongrie, et le peuple hongrois. Autre exemple la volonté de la part de l’ancien président de la république Pál Schmitt de protéger la langue hongroise de manière formelle et réelle en inscrivant ceci dans la Constitution dont s’est dotée la Hongrie le 25 avril 2011 et entrée en vigueur le 1er janvier 2012.

Maintenant que les éléments objectifs qui peuvent expliquer la situation particulière de la Hongrie au sein de l’Union européenne ont été dévoilés, il convient de s’intéresser aux éléments factuels qui ont accentué les spécificités hongroises dans l’Union européenne.

B)     Une politique d’isolement pour exprimer sa différence :

Depuis 2010 la politique extérieure du gouvernement actuel ainsi que celle intérieure semble remettre en cause l’appartenance de la Hongrie à la civilisation occidentale et accentue les spécificités hongroises. En effet, et comme cela a été dit avant, le gouvernement hongrois réagit comme une partie de la population ou comme le souhaiterait une partie de la population c’est-à-dire en affirmant avec fierté la spécificité du peuple hongrois et de sa culture tout en faisant tout ce  qui est possible pour protéger le peuple hongrois et sa culture d’agressions venues de l’extérieur. Cette crainte est justifiée par le fait que la Hongrie est isolée du fait de sa langue et les hongrois sont un peuple peu nombreux en terme démographique et dont la population ne cesse de décroître avec l’un des de taux  de fécondité les plus faibles d’Europe. En effet, la population hongroise est passée sous la barre symbolique des 10 millions d’habitants en 2011. De plus l’immigration en Hongrie est quasiment nulle et pour cause les hongrois sont méfiants vis-à-vis des étrangers mêmes venus d’Europe et le gouvernement mène une politique vis-à-vis de l’immigration vers la Hongrie très stricte.

Ce changement radicale de discours politique caractérisé par un repli sur soit est aussi sûrement le résultat du sentiment grandissant et qui a toujours été présent pour les hongrois qu’ils sont isolé au sein de l’Europe, incompris et même parfois mal aimé.

De plus, un autre élément non négligeables doit être pris en considération et qui propre à l’histoire de la Hongrie c’est celui d’avoir toujours été le noyau dure d’empires importants ayant de l’influence en Europe. Or, depuis le traumatisme des deux guerres mondiales et le traité de Trianon qui a réduit la Hongrie à sa plus simple expression géographique, la Hongrie est un petit Etat.

De plus, au sein de l’Union européenne et par conséquent la Hongrie n’est pas un membre prépondérant de l’Union et donc n’est pas dans la possibilité de faire entendre ses avis et opinions comme de nombreux autres Etats européens qualifier de puissances moyennes.

Concrètement, le gouvernement hongrois a dans un premier temps  remise en cause de manière plus ou moins virulente, directement ou indirectement des principes et valeurs fondamentales et caractéristiques de la civilisation occidentale. Le gouvernement hongrois apporte des nuances, des dérogations voir adaptent ces valeurs à la société hongroise, à son peuple afin que ces dernières ne heurtent pas la culture hongroise.

De plus le sentiment d’être isolé et la crainte de voir la population et la culture hongroise disparaître est fondée sur le fait que la Hongrie est seule culturellement parlant et par conséquent aucun peuple voisin ne pourrait être amené à pérenniser la culture hongroise en cas de disparition de son peuple à long terme. Ensuite un autre plan sur lequel s’illustre ce comportement c’est celui de l’économie et de la politique étrangère : La Hongrie froisse et tourne le dos a ses alliés traditionnelles pour se rapprocher de partenaires plus orientaux.  Ainsi la politique économique de Budapest a été juger plusieurs fois de « non orthodoxe » et de contraire au standards européens, internationaux et notamment a ceux du Fond Monétaire International. En ce sens, le premier ministre hongrois ne cesse de répéter à Bruxelles qu’il est le défenseur du peuple hongrois, que la Hongrie n’est pas « une colonie des multinationales ». Au delà d’un discours jugé par ses détracteurs de populiste et de nationaliste, ses discours traduisent une réelle vision et conception de la Hongrie, de sa représentation au sein de l’Europe. Résultat, à force de se voir comme isolé et même de le revendiquer, la Hongrie commence à être perçue comme telle en Europe et a l’être. En effet, nombreux Etats ne comprennent plus du moins à l’Ouest la politique de la Hongrie et la regarde et la traite comme un Etat différent. Enfin au niveau de la politique extérieure les visites des membres du gouvernement hongrois ont été nombreuses en Asie que ce soit en Russie, en Chine, au Kazakhstan, en Arabie Saoudite, au Vietnam, en Azerbaïdjan etc.

Aussi en guise d’exemple il est possible de reprendre quelques éléments de discours, de déclarations récentes ou datant du premier mandat 2010-2014 du premier ministre hongrois et d’autres personnalités qui relatent ce changement, cette isolement et cette volonté de sauvegarder la culture hongroise : Le choix des déclarations en cause n’est pas exhaustif.

Discours prononcer par le premier ministre Viktor Orbán après les attentats de Charlie Hebdo lors d’un sommet européen sur l’immigration :

Nous ne devrions pas faire comme si l’immigration économique avait une quelconque utilité, parce qu’elle ne fait qu’importer des troubles et des menaces contre les peuples européens. […] Par conséquent, l’immigration doit être stoppée. C’est la position de la Hongrie. La Hongrie ne deviendra pas une destination visée par les immigrants. Nous ne le permettrons pas, du moins tant que je serai Premier ministre et que ce gouvernement sera au pouvoir. […] Nous ne voulons pas voir une minorité significative aux caractères et au passé culturels différents. Nous voulons que la Hongrie reste la Hongrie ».

Autre exemple éloquent bien que quelque peu ancien, Attila Mesterházy, président du parti socialiste MSZP et numéro un de la coalition de gauche « anti-Orbán », a déclaré que les élections du 6 avril 2010 seront un choix de valeurs entre l’Est et l’Ouest.

Toujours concernant la culture hongroise :

« La culture chrétienne est selon le Premier ministre le principe directeur dans l’histoire de la nation hongroise et une Hongrie forte et prospère ne peut être construite que sur les traditions nationales, chrétiennes et européennes ».

Après avoir vu les éléments qui font que la Hongrie a une place à part dans l’Union européenne et que celle-ci paraît isolé aujourd’hui, il faut maintenant se demander si la Hongrie est isolé  selon la conception de Samuel Huntington de l’Etat isolé.

 

II)         La Hongrie un Etat européen et non isolé :  

Dans cette seconde partie il conviendra de voir si la Hongrie est ou non un isolé selon la conception théorisée par Samuel Huntington, pour se faire il faudra donc étudiée ladite théorie et voir sa substance (A). Puis dans un second temps il sera démontré en quoi la Hongrie appartient toujours et encore à la civilisation occidentale (B).

A)     Civilisations et Etat isolé :  

Comme cela vient d’être remarquer dans la première partie, bien que la Hongrie semble appartenir à la civilisation occidentale et être considérer comme telle par les membres de ladite civilisation, des éléments montrent pourtant que la Hongrie a une place a part au sein de l’Union européenne et en Europe. Or, l’Union européenne est l’une des organisations phare de la civilisation occidentale ou du moins d’une partie d’elle. Pour mieux comprendre l’ambivalence de la situation de la Hongrie, ces paradoxes il faut étudier et revenir sur différents concepts et notions développé par Samuel Huntington dans le choc des civilisations.

Premièrement, il faut savoir ce que signifie concrètement la civilisation occidentale. Etant donnée que cette civilisation est le référentielle de l’étude encore est t’il nécessaire de la définir : Selon Huntington elle correspond d’une part au Etats Unis et à d’autres Etats comme l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande et d’autres part aux Etats européens chrétiens. L’auteur fait d’ailleurs remarquer que la frontière orientale en Europe de la civilisation occidentale correspond aux frontières historiques de l’empire romain.

Ainsi la civilisation occidentale serait constituée de ces deux blocs, dont l’Etat phare serait les Etats Unis. Mais si cette définition de la civilisation occidentale semble simple, il est plus délicat de savoir exactement en Europe quel Etat fait ou ne fait pas parti de cette civilisation. En effet, pour pouvoir faire partie de la civilisation occidentale il faut outre des éléments objectifs présent des éléments subjectifs et il faut en résumé que l’Etat en question se sentent et veuille appartenir à cette civilisation. Toute civilisation confondue nécessite l’adhésion de l’Etat en cause et celle des autres membres de la civilisation, ce sont les Etats en réalité qui s’associent, se regroupent selon leur affinités civilisationelles et culturelles. Donc, la question de la Hongrie est intéressante dans la mesure où certes elle est membre de la plus part des institutions phares de la civilisation occidentale et elle est chrétienne mais les éléments évoqués dans la première partie permettent de poser la question de son appartenance a cette civilisation. Si, à supposer qu’elle n’appartienne pas à cette civilisation qui serait la seule à laquelle elle puisse appartenir alors elle ne peut qu’être un Etat déchiré ou isolé comme les a définis et identifier Huntington.

La Hongrie n’est certainement pas un Etat déchire. Ces derniers se caractérisent de la manière suivante : Ce sont les Etats qui n’appartiennent pas à une civilisation donnée. Autrement dit, ils appartiennent au moins à deux civilisations distinctes. En outre, ce sont

des Etats qui de par des spécificités culturelles, civilisationelles, historiques, linguistiques se trouvent divisés par le fait que certaines parties du territoire et de la population peuvent être assimilé à une civilisation tandis que d’autres parties du territoire et de la population seront assimiler et s’assimileront à une autre civilisation que la première. La situation complexe dans laquelle se trouvent les Etats déchirés aboutit généralement à des conflits internes dans les Etats en cause d’une violence plus ou moins importante et en ce sens le conflit en Ukraine en est un exemple.

Maintenant concernant les Etats isolés, se sont des Etats qui n’appartiennent à aucune civilisation puisqu’ils en forment une propre et unique eux même. L’Etat isolé par excellence est le Japon qui est un Etat et aussi une civilisation, les historiens et sociologue parlent même le concernant d’une civilisation qui est un Etat.

Mais outre cette caractéristique, il y a comme dans toutes catégories d’Etats, un aspect phycologique et subjectif important. Il faut que l’Etat isolé se sente, s’identifie comme tel et agisse en conséquence. La façon dont se perçoivent les individus au sein de l’Etat est primordiale. Il faut que l’Etat lui-même, sa population, ses élites politiques notamment se considèrent comme étant une civilisation à part. Si seul les aspects objectifs sont présents l’Etat ne pourra être un Etat isolé, il faut nécessairement qu’il en est conscience.

Or, l’un des domaines ou la façon dont se perçoit l’Etat est le plus visible est le domaine de la politique extérieure et des relations internationales. En ce sens la politique extérieure des Etats isolés ont des caractéristiques communes :

Premièrement, un Etat isolé ne se sentant pas appartenir à une civilisation particulière ses alliances et alliés sont instables et amener à changer, ainsi le Japon est t’il passer de l’allié du troisième Reich au plus fidèle allié des Etats Unis et peut être demain sera-t-il amis de la Chine. Autre caractéristique majeur de la politique extérieur de l’Etat isolé, c’est le fait de réaffirmer sa spécificité culturelle et civilisationelle à chaque occasion telle une obsession pour ne pas être assimilé à d’autres ou acculturer et souvent cela se manifeste par une politique extérieure agressive pour défendre sa civilisation. Par conséquent les contacts, les interactions avec d’autres civilisations peuvent être limité. De plus lorsque des contacts et interactions ont lieu entre la culture et la civilisation de l’Etat isolé et celle d’un ou de plusieurs autres Etats, plusieurs réactions sont observables dans le temps : Lorsque ces échanges interviennent, soit elle est totalement vaincue par la culture de l’Etat isolé soit elle demeure mais perd sa substance dans la mesure ou la culture de l’Etat isolé va prendre les

éléments de l’autre culture ceux qu’il juge bon pour sa civilisation. Ainsi l’Etat isolé adapte la culture issue d’une autre civilisation et celle-ci de telle sorte qu’il va la modifier si bien que cette dernière ne ressemblera en rien à celle initiale qui finira a terme par disparaître. Le procéder qui vient d’être définit est typiquement ce qu’essaie de faire la Hongrie aujourd’hui en apportant des modifications à des principes et valeurs jugé indélogeables et devant  primer sur tout par l’Occident. La Hongrie les adaptent et justifie ces adaptations à la spécificité hongroise, au besoin de la nation, et livre dans ses explications la vision que ce fait la Hongrie du moins le gouvernement de ces conceptions. Tel a été le cas avec la liberté d’expression, la démocratie, la laïcité etc. Un autre aspect qui est intéressant à souligner et qui est une conséquence directe de la politique extérieur de la Hongrie et de ces spécificités linguistiques et culturelles c’est la similarité de la Hongrie avec le Japon concernant la population de ces deux Etats. Effectivement le Japon connaît les mêmes problèmes liés à la démographie et tout comme la Hongrie est assez fermer à l’immigration et est ainsi un peuple très homogène. Enfin toujours sur les similitudes la difficulté pour d’autres cultures et  civilisation de s’implanter et de s’intégrer durablement au sein de ces Etats.

De part ces caractéristiques générales propres aux Etats isolés selon Huntington, la Hongrie semble depuis peu s’apparenter à un Etat isolé.

Cependant, trois éléments permettent de douter de cette affirmation et de considérer que la Hongrie n’est pas un Etat isolé.

 

A présent que la conception d’Etat isolé a été expliquer, que les éléments qui font de la Hongrie un Etat isolé au sein de l’Union européenne ont été mentionnés ; il va falloir regarder l’histoire de la Hongrie et la construction de l’Etat hongrois pour trouver la réponse à la question posée dans l’introduction.

 

B)   La Hongrie, Etat européen avant tout :

Les trois aspects qui remettent en cause fondamentalement l’affirmation que la Hongrie est un Etat isolé sont la religion, l’histoire et la volonté du peuple hongrois d’appartenir à l’Europe et à la civilisation occidentale.

Pour vérifier la véracité et la force de ces trois aspects en faveur de l’appartenance de la Hongrie à la civilisation occidentale, il faut étudier l’histoire de la Hongrie dans ses grandes lignes :

Initialement les hongrois viennent de l’Oural, le peuple hongrois trouve ses origines dans des ethnies guerrières vivant en petite communauté. En 895 ils se mirent à fuir les Tatars peuple mongols guerriers qui commença à étendre son empire en faisant de nombreuses conquêtes. Menacer par les avancés des Tatars, les hongrois émigrèrent alors et se séparèrent en trois groupes différents : Le premier groupe alla en Estonie, le second trouva refuge en Finlande et enfin le dernier s’établit sur les bords du Danube ainsi que dans les Carpates pour former la future Hongrie. Hongrie qui prendra forme et existera comme Etat unifié en 1000 au moment ou le roi Etienne 1er prend le pouvoir et christianise la Hongrie. Cette date est très importante à plusieurs égards : Premièrement elle marque le début de l’histoire de la Hongrie qui avant cette date n’existait pas comme Etat et était divisée en plusieurs royaumes, ensuite parce que la Hongrie est née en tant qu’Etat dans la chrétienté et ceci aura des conséquences fondamentales qui sont importantes pour l’analyse du sujet et pour comprendre la Hongrie même en 2015. Avant d’aller plus loin dans l’histoire de la Hongrie, il faut préciser que Samuel P. Huntington attache beaucoup d’importance à la religion qui selon lui détermine en grande partie l’appartenance d’un Etat à une civilisation. Il est vrai que la religion est fondamentale dans la mesure où elle est un des critères de rattachement les plus importants d’un Etat à une civilisation. Et même si dans l’hypothèse ou il existerait un Etat non religieux, sa civilisation et son peuple dans les principes et valeurs de ce dernier sera ou aura été influencé dans son histoire par une religion. L’histoire montre bien qu’aucune civilisation dans le monde n’a jamais pas été influencée par une religion ou plusieurs. Ainsi des Etats qui prêchent la laïcité comme la France par exemple sont influencer par plusieurs religions et même comme c’est le cas en général par une en particulier du fait de leur histoire et de leur construction. En ce sens, la Hongrie est similaire a la plus part des pays européens chrétiens c’est-à-dire que l’Etat s’est construit autours et avec l’aide de la religion. Certes, la Hongrie a connue et a été influencer par de nombreux peuples barbares venus d’Asie et qui étaient de confessions différentes et même des païens.

Toutefois depuis l’an 1000 la Hongrie est chrétienne et n’a cesser de l’être sans jamais d’ailleurs que cela soit remise en cause. Autrement dit et au regarde de l’histoire dans la plus part des Etats du monde et notamment en Europe, la religion est un des fondements de l’Etat, un des piliers fondateur de l’Etat. La religion dans l’identification d’un peuple à une civilisation donnée est primordiale et ceci beaucoup l’ont a l’esprit que ce soit les historiens bien sur mais aussi les politiques et le peuple. Ainsi en atteste cette phrase du premier ministre hongrois : «  Nous ne sommes pas européens pour des raisons géographique, nous sommes européens car nous sommes chrétiens ». En l’an 1000 le christianisme vain le paganisme et le roi Etienne 1er fait écarteler son cousin qui en vertu des règles de succession devait prendre le pouvoir à la place d’Etienne 1er.  Depuis la Hongrie se tourne vers l’ouest et l’Occident, d’ailleurs à partir de cette date et aussi quelque peu avant dans une moindre mesure tout les seigneurs et rois de Hongrie ont toujours privilégié leurs relations avec les royaumes d’Europe occidentale de l’ouest et les royaumes chrétiens. Le revirement de la Hongrie pour l’Ouest dans ces relations diplomatique fût effectué par Géza de Hongrie. La victoire de Etienne 1er sur son cousin a permis de pérenniser se rapprochement avec Rome au détriment de Byzance et de la Russie. Ceci atteste que les hongrois se perçoivent comme européens et comme appartenant à la civilisation occidentale chrétienne et de plus en retour les autres Etats qui constituent la civilisation occidentale chrétienne ont pour la plus part considérer la Hongrie comme faisant partie de leur civilisation. Certes, les autres royaumes du continent ont par moment souligné les spécificités de la Hongrie comme le prouve la phrase de Metternich qui  disait : « L’Orient commence aux portes de Vienne », en évoquant la Hongrie. Mais d’une manière général la Hongrie a toujours été un allié important dans le jeu géopolitique des grands royaumes européens, en ce sens la Hongrie fût un solide rempart contre l’empire ottoman ennemi commun des chrétiens.

Ainsi historiquement et politiquement la Hongrie appartient à la civilisation occidentale, historiquement du fait de son histoire et de son appartenance à la religion chrétienne et politiquement car les dirigeants hongrois ont toujours chercher a se rapprocher de leur homologues à l’ouest, de les solliciter et de leur demander de l’aide plutôt que celui de la Russie par exemple. Une illustration indéniable est celle de la lutte contre l’empire Ottoman qui a siégé en Hongrie de 1526 à 1699 et puis de l’insurrection hongroise de 1848 contre l’empire des Habsbourg ou les insurgés hongrois ont sollicité en vain les aides de la France et de l’Angleterre.

A partir de 1526 la Hongrie va connaître une nouvelle période de son histoire, une période de domination et la Hongrie ne cessera d’être sous occupation étrangère depuis cette date jusqu’en 1989 avec un court intermède de 1918 à 1944. L’occupation ottomane a beaucoup influencé la Hongrie, sa société, sa culture que ce soit par des aspects positifs et négatifs. Certes à partir de ce moment et dans les années qui vont suivre sous les Habsbourg des spécificités hongroises ont pu être été plus prononcé que par le passé car en plus des spécificités culturelles initiales de la Hongrie d’autres se sont ajouter et adapter à la culture hongroise notamment des éléments culturelles de la civilisation musulmane avec l’occupation ottomane. Depuis que la dynastie des Habsbourg s’est emparé de la Hongrie, les hongrois se sont encore plus rapprocher de l’Occident puis après la fin de la première guerre mondiale et suite au traumatisme du traité de Trianon le 4 juin 1920 la politique étrangères de la Hongrie va changer radicalement et ce jusqu’en 1989. Le traité de Trianon a amputé la Hongrie de trois-quarts de son territoire, de plus trois millions de hongrois se sont retrouver aux frontières de la Hongrie dans des pays limitrophes notamment la Roumanie, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie. Voulant venger l’injustice de Trianon les dirigeants hongrois se sont tournés vers l’Allemagne. Suite à la défaite des troupes allemandes les hongrois voient les frontières de 1920 réaffirmée et surtout passe sous occupation russe, ces derniers ayant libérer la Hongrie des allemands en 1945. Dès lors va commencer une nouvelle période qui va faire momentanément et contre son gré changer la Hongrie de civilisation, d’orientation, de sphère civilisationelle. Toutefois, la Hongrie a toujours eu conscience et envie d’appartenir à l’Occident encore plus durant cette période qu’auparavant. Elle a clandestinement toujours tout fait pour pouvoir se rapprocher des Etats occidentaux, en témoigne notamment plusieurs épisodes son histoire comme l’insurrection du 23 octobre 1956 réprimée dans le sang par l’armée rouge ou encore l’ouverture aux frontières à l’ouest avec l’Autriche en 1989 avant que le mur de Berlin ne cède. Par conséquent et hormis cette intermède la Hongrie a toujours appartenue à la civilisation occidentale et elle a toujours souhaitée en faire partie bien qu’elle s’y sent parfois isolé. Ainsi après la chute du mur de Berlin le rapprochement avec l’Occident a été encore plus prononcer a tel point que la Hongrie a intégrer la plus part des institutions et organisations représentatives de la civilisation occidentale. En 1996 la Hongrie intègre l’OCDE, en 1999 l’OTAN, en 2004 l’Union européenne, en 2007 l’espace Schengen.

Par conséquent et malgré un intermède dans son histoire, la Hongrie appartient à la civilisation occidentale.

Conclusion :

Au regard de la définition que donne Samuel P. Huntington dans le choc des civilisations parut en 1993, la religion est un élément fondamentale pour déterminer l’appartenance d’un Etat à une civilisation. La langue ainsi que d’autres éléments culturelles sont certes importants mais sont à étudier dans un second temps. Ce sont des critères d’identification à une civilisation moins importants bien que non négligeables. Enfin concernant les politiques menés par les Etats elles sont un critère de rattachement à une civilisation beaucoup moins important que tous ceux qui sont réellement propre au peuple et à son histoire. Toutefois, sur le long terme voir très long terme des politiques peuvent amener des Etats à changer de statut, l’histoire en a connue et ce même récemment. A ce titre Huntington cite le Mexique qui appartient initialement à la civilisation sud-américaine mais qui semble se rapprocher de plus en plus de l’Amérique du nord et ainsi à terme peut être changera de sphère civilisationelle. Autres exemples intéressant, celui de la Turquie et de la Russie qui ne savent pas quelle direction choisir entre Orient et Occident, ou encore l’Australie qui depuis quelques années c’est éloigné des ses alliés occidentaux pour essayer de s’apparenter à un Etat de la civilisation asiatique. Le bilan de tout ces exemples fournis par Huntington est que la plus part de ces Etats qui appartenaient à une civilisation donnée à force d’avoir essayé par intérêt de se rapprocher d’une autre que celle qui sembler être la leur naturellement, à terme se sont tous devenus des Etats déchirés en proie a des crises interne de ce fait et à plus d’instabilité. Huntington précise aussi que d’autres Etats isolé existent comme l’Ethiopie ou Haïti mais ils ne constituent pas une civilisation propre du moins pas de manière aussi significative que le Japon.

Pour finir et répondre à la question posée et au regard de l’analyse qui vient d’être faite de la situation particulière de la Hongrie, elle n’est ni un Etat déchiré ni un Etat isolé et elle appartient bien à la civilisation occidentale en temps qu’Etat européen chrétien et membre de l’Union européenne depuis maintenant 2004.

Toutefois, cette affirmation et ce constat, l’appartenance de la Hongrie à la civilisation occidentale sur le long terme pourrait changer si la politique du gouvernement actuel continue de mettre l’accent sur les spécificités de la Hongrie.

Peut être que la Hongrie sera amener à choisir clairement un camp dans le contexte de la crise ukrainienne entre l’Union européenne et la Russie, et si les hésitations de la Hongrie persistent, elle deviendra sûrement l’objet d’enjeux géopolitiques importants entre les deux camps dans cette « nouvelle guerre froide » et ceci pourrait lui être très préjudiciable.

Peut être que Vladimir Poutine avait à l’esprit ces éléments quand il a dit à des journalistes russes à propos de la Hongrie : « La Hongrie pourrait devenir une nouvelle Ukraine ».  

 

Sources :

-Le Choc des civilisations, Samuel Huntington, 1993.

-Grammaire des civilisations, Fernand Braudel, 1963.

-Histoire de la Hongrie, Miklos Molnar, 2004.

-Ce que j’ai voulu taire, Sándor Márai, 2014.

-Mémoire de Hongrie, Sándor Márai, 2006.

-mno.hu

-hungarytoday.hu

-www.hu-lala.org

-www.lemonde.fr/

- www.libération.fr/

- www.lexpress.fr/

www.lefigaro.fr/

- www.monde-diplomatique.fr/

-www.kormany.hu/

 



Fiche de lecture sur le livre de Sandor Marai : Ce que j’ai voulu taire.
12 mai, 2015, 3:39
Classé dans : culture,Histoire

Sándor Márai né en Haute-Hongrie en 1900 dans la ville de Kassa aujourd’hui Košice en Slovaquie est un écrivain et journaliste hongrois.

L’écrivain est issu d’une famille bourgeoise de la Haute-Hongrie, actuellement région du sud de la Slovaquie. Márai a vécus au cœur des événements les plus tragiques que la Hongrie est connue avec la première guerre mondiale, le traité de Trianon du 4 juin 1920 et bien évidement la seconde guerre mondiale et enfin l’occupation soviétique jusqu’en 1989.

Márai mit fin a ses jours à San Diego au Etats Unis en 1989, pays ou il vivait depuis son exil de Budapest en 1948.

L’écrivain est considérer depuis les années 90 comme un culte de la jeunesse hongroise. Il jouit également depuis sa mort d’une renommée internationale étant comparer par ses contemporains à un Zweig, un Roth ou encore un Schnitzler.

Nombreux sont ses romans qui relatent les difficiles épreuves que la Hongrie a subie que ce soit le règne du nazisme ou l’occupation par l’URSS du pays. Ainsi chacun de ses ouvrages touchent directement ou indirectement aux droits de l’Homme qui dans ces deux régimes étaient bafoué et violé.

Sándor Márai était avant tout humaniste et antinazis. Il a durant ses écris au travers de son expérience personnel analyser la société hongroise, prit son pouls et constater les changements profonds de celle-ci. Tel un médecin, un sociologue et un journaliste il essaya d’analyser et d’étudier les changements de sa société en abordant  une étude sociologique et historique. Il essaie ainsi dans ses différents ouvrages de comprendre et de relater les caractéristiques des différents milieux et environnements qu’il est amené à fréquenter volontairement  de force.

Alors parmi tous ses ouvrages il était difficile d’en choisir un en particulier pour aborder la question de la condition humaine durant les sombres années de la fin du XXème siècle. Toutefois, devant le fait accomplis et s’il fallait parler d’un seul livre, il paraît pertinent que ce soit Ce que j’ai voulu taire qui fasse l’objet d’une analyse particulière :

Cet ouvrage longtemps considérer comme perdu parût à Budapest uniquement en 2013.

Ce livre constitue l’une des parties manquantes d’un précèdent ouvrage, Les confessions d’un bourgeois dont le premier tome fût écrit en 1935 et parut en 2002.

Avant d’aborder plus en détails les apports et la qualité de cet ouvrage, il faut préciser qu’outre une analyse des situations sociologiques et historiques Márai analyse toutes les situations par le prisme de valeurs humanistes et bourgeoises. Cette précision est primordiale car le regard que porte cet homme sur sa société est celle d’un écrivain bourgeois avec certaines valeurs et une éducation particulière. En effet, cette précision est fondamental et l’auteur lui-même de manière récurrente dans tous ses ouvrages rappelle et précise que le regard qu’il porte sur sa société est celui d’un bourgeois. De plus il se livre  à une rétrospective de ce qu’est la bourgeoisie selon lui, son rôle dans la société, sa définition, ses valeurs, ses origines etc.

Dans le livre Ce que j’ai voulu taire, l’écrivain relate une période de l’histoire de la Hongrie bien précise qui sont les dix années écouler de 1938 date de l’Anchlusse et 1948 date de son exil pour les Etats Unis. En réalité cette œuvre s’arrête en 1944 et il faut lire Mémoires de Hongrie pour avoir le témoignage des années 1944 à 1948.

Le récit commence donc au moment ou les troupes d’Hitler entre dans Vienne.

A partir de cette date l’écrivain hongrois va analyser et fait part de l’évolution de la société hongroise, de comment la Hongrie s’est préparer depuis ce jour à la suite des événements ; de comment les personnes que ce fusse les prolétaires, les aristocrates ou encore les bourgeois percevaient ou non la gravité et les conséquences dramatiques de ce jour ou l’Autriche devint allemande. En effet, le contexte est intéressant, comment les hongrois de l’époque on réagit suite à cette nouvelle, Vienne n’est qu’à 240 kilomètres de Budapest ! De plus le contexte historique de  la Hongrie a jouée un rôle prépondérant dans la perception que ce faisaient les hongrois de cet événement. Comme le rappel Márai, les hongrois n’ont jamais connus la démocratie et sont liés avec les autrichiens en  raison d’un passée commun de 218 ans.

C’est dans ce contexte particulier que l’écrivain hongrois va raconter le débuts de la Seconde guerre mondiale depuis la Hongrie et vu de Budapest.

Cet ouvrage traite certes majoritairement de l’évolution de la structure sociale et hormis quelques passages précis ne parle pas directement des droits de l’Homme mais la question est indirectement traité de façon permanente. La violation des droits de l’Homme sont en effet traité essentiellement par le biais de trois aspect : L’absence de démocratie, la liberté de la presse qui diaprait peu à peu, et enfin l’obligation de se soumettre aux idéologies nazies et le devoir d’accueillir le projet pangermaniste avec enthousiasme et aussi et surtout  l’absence d’évolution sociale possible et le rétablissement d’une société fondée sur des castes et sur une aristocratie qui seule accapare le pouvoir.

Mais mêmes les moments ou la question des droits de l’Homme n’est pas directement abordée, cette question est tout de  même toujours présente. Effectivement, l’atmosphère d’oppression et de pesanteur que décrit si bien Márai fait qu’il est tout a fait perceptible, possible de sentir que la vie des gens a Budapest a cette époque est contrôler dans les moindres faits et gestes même si du fait d’un contexte particulier l’illusion d’une certaine liberté, d’un certain calme et d’une certaine sérénité était visible en surface.

Autre chose d’intéressant, c’est l’analyse très juste que fait l’écrivain du lient entre le Traité de Trianon et le destin tragique de la Hongrie. En effet, du fait de cette injustice qui a amputé 2/3 du territoire de l’ancienne Hongrie et a déplacé 3,3 millions de hongrois en dehors des frontières du pays, les hongrois ont toujours désiré récupérer les terres de leurs ancêtres. Ainsi les hongrois ont tout fait pour reprendre les terres de Transylvanie (Roumanie), Transcarpatie (Ukraine), Haute-Hongrie (Slovaquie) et enfin Voïvodine (Serbie), par conséquent la Hongrie était destinée à s’allier avec l’Allemagne nazie.

Alors que l’auteur est en proie à un exil intérieur long et douloureux qui durera dix ans il raconte a travers le récit de cet exil interne et de son fort intérieur les bouleversements que connait la société hongroise notamment en ce qui concerne les droits de l’Homme. Toutefois, et bien que les droits de l’Homme notamment la démocratie et la liberté d’expression soient bafoué, Márai précise et rappel aux lecteurs que la Hongrie n’a jamais connue la démocratie et elle ne la connaîtra qu’en 1989 à la tombé du mur de Berlin. Autrement dit, la Hongrie est une jeune démocratie qui ne la connait que depuis 26 ans ! Mais même si la société d’avant 1938 n’était pas une démocratie, la liberté d’expression et les autres libertés individuelles étaient plus importantes et plus effectives qu’elles ne le seront à partir de cette date et jusqu’en 1989.

Ainsi sur la période étudiée par l’écrivain de 1938 à 1944 les changements et la chute du pays dans l’obscurantisme nazis puis communiste se sent, lent mais tout aussi redoutable. Enfin l’écrivain décrit bien les illusions et les choses artificielles qui caractérise la Hongrie de 1938 à 1944 puisqu’avant 1944 la Hongrie bien que sous le joug de l’Allemagne était un Etat neutre officiellement.

En 1944 Buda (le Château de Budapest se situe sur les collines de Buda et c’est ici que fût faite la déclaration de guerre) déclare la guerre à l’URSS, l’Angleterre et les Etats Unis. Cependant, tout au long des années qui précèdent cette déclaration de guerre officielle et l’allégeance au régime nazi, les hongrois vivaient déjà dans un Etat totalitaire et devaient subir les conséquences économiques et sociologiques de la guerre. Toutefois et paradoxalement et notamment en raison d’un « bourrage de crâne efficace » la Hongrie sera considérer par beaucoup en Europe comme un Etat en paix, une île dans un océan Europe en guerre et en sang.

Concernant les droits de l’Homme, Márai insiste sur deux d’entre eux que sont la liberté d’expression et d’opinion ainsi que celle de l’égalité en droit.

La première est dénoncer de manière saisissante et avec ferveur et violence dans la mesure ou l’écrivain était jusqu’en 1944 écrivain et éditeur d’un journal le Pesti Hirlap journal conservateur modéré. Par conséquent et bien que la liberté d’expression n’était pas totale avant 1938, l’écrivain dénonce et décrit comment la liberté de la presse va être museler et comment tout les journaux quelque soit leur vocations initiales et orientations politiques vont t’il tous tenir et contenir les mêmes discours, être obliger de faire l’éloge du pangermanisme, des victoires militaires allemandes ect. En somme, toute la presse devient l’instrument d’un bourrage de crâne de la population censé faire croire à tous que la victoire sera rapide et allemande. Les journaux véhiculée également les idées et les théories nazis. Certain passage décrive bien cette mutation de la presse devenue sans âme ainsi que l’instrumentalisation de la justice:

« Les écrivains, les journalistes, les hommes de science, les responsables politiques prenaient la parole mais dès qu’ils faisaient allusion aux problèmes fondamentaux, leur voix était immédiatement muselée par le pouvoir ».

« L’ère des grands juges indépendants était révolue.

 La justice n’était pas rendue par de vrais juges mais par des officiers de justice et les autorités conduisaient les procès idéologique avec une partialité transparente ».

Enfin les critiques du bourgeois se font à l’égard de la « nouvelle » structure sociétale et ainsi sont critiquer indirectement nombreux droits nécessaires à une société démocratique :

Le terme de nouveau est entre guillemets car la structure de la société hongroise d’avant 1938 reposait déjà sur certains fondements repris plus tard mais sous une autre forme par le régent Horthy qui gouvernera la Hongrie de 1920 à 1944. En effet, la société hongroise du temps de l’Autriche-Hongrie et des Habsbourg reposait sur des classes sociales qui ressemblaient à des castes ou la naissances devaient déterminée le destin des individus et au sommet de cette hiérarchie sociale se trouvais les aristocrates dont la fortune reposaient sur des propriété terrienne.

Le régime de Horthy va remettre en place une hiérarchisation des classes sociales dominé par une aristocratie militaire souvent crée de toute pièce dans laquelle se trouvaient les proches de l’amiral et sa famille ainsi que tout les membres du gouvernement et leur familles. L’aristocratie hongroise avait entre 1918 et 1920 perdue du terrain au sens propre comme au sens figurer et la première guerre mondiale avait en partie détruit les terres sur lesquelles reposait leur pouvoir, or l’amiral Horthy issue de la noblesse hongroise remis en place un système similaire a celui qu’a connue la Hongrie durant la domination des Habsbourg et même a amplifier le phénomène.

Ainsi en Hongrie en 1938 est crée une nouvelle classe sociale et même une caste appelé les « Preux » qui sont mit à la tête des plus hautes fonctions de l’Etat partout, à tout les postes de l’administration et ces derniers disposaient de propriétés terriennes volé à des paysans et autres personnes et bénéficiaient de privilèges importants. Enfin la population et les autres individus n’appartenant pas à cette infime classe sociale devaient leur prêter serment, les respecter et les servir, le passage suivant est assez significatif :

« On la nommait « ordre des Preux », on s’adressait aux épouses de ces preux avec une tournure à l’ancienne en leur donnant du « Noble Dame », leur titre officiel. »

Ainsi il était impossible en Hongrie de changer sa position sociale et ses conditions de vie. De plus outre le problème de la naissance et de la possession de terre instauré par le régime fasciste ; il fallait bien évidement adhérer aux idées et idéologies nazi et se montrer enthousiaste et agir concrètement en faveur de ces idées et du régime de Budapest et de Berlin.

L’apport de cet ouvrage est qu’il permet de mieux comprendre un petit Etat d’Europe centrale, la Hongrie, a un moment ou elle est  souvent l’objet de l’actualité européenne. L’ouvrage permet aussi de connaître et découvrir comment d’autres peuples plus éloignés de la France culturellement et géographiquement ont vécus et subis les atrocités de la seconde guerre mondiale. De plus, le regard et l’approche sociologique et historique que porte Sándor Márai sur sa société permette de saisir et de percevoir d’autres questions et problématique auxquelles la Hongrie a été affecté durant cette période. Enfin, et bien évidement ce tableau de la Hongrie permet de voir comment les hongrois ont vécus sous les occupations allemande puis russes et comment les droits de l’Homme et la démocratie ont été piétiné affectant la Hongrie de manière considérable.

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